Une ombre au coin de ma rue…

Bonsoir à tous les bloggers,

Aujourd’hui je vous présente une nouvelle. Je vous recommande d’écouter Lorine Chia pour l’occasion, source d’inspiration sur ce dernier post.
Sur ce, bonne lecture! Xx

Un soir de début d’été. La fraîcheur estivale nous chatouillait les jambes. Les rues vibraient d’une énergie nouvelle, celle qui accompagne l’arrivée des beaux jours. Le bourdonnement des voix mêlé au chant des oiseaux formait un chœur hypnotisant. Des bruits de verres qui s’entrechoquent, de rires et de promenades du soir montaient jusque nous. De la terrasse, nous pouvions tout observer sans jamais être vus. Voilà sans doute pourquoi ce fut notre repère des mois durant. Cinq ? Six ? Combien de personnes nous étions, je ne saurai le dire. Nous nous réunissions plusieurs fois par semaine, comme n’importe quelle bande de jeunes. Nous formons en quelque sorte une communauté, chacun à la fois admiratif, rieur et respectueux de tous ceux qui nous rejoignaient. Je faisais partie de cette famille depuis peu, mais elle m’inspirait déjà beaucoup. Être loin de chez soi change définitivement la vision de bonheur et de plaisir. Nous prenions tous plaisir à être ensemble, parfois sans même parler pendant des heures. Mais nous étions aussi tous heureux d’avoir trouvé ce refuge, dans lequel chacun investissait une part de sa personne. Le mélange était détonnant.
Ce soir-là, nous étions plongés dans de profondes discussions et mes pensées s’étaient envolées depuis un moment vers de lointains horizons. En fait, mon attention avait été détournée par une ombre, à l’angle de la rue, qui n’avait pas bougée depuis mon arrivée. La lumière nocturne provoquait un effet troublant : on distinguait la silhouette d’une personne, mais elle n’appartenait à quiconque. Le quartier nous est familier et aucun détail ne nous échappe, mais ce soir-là, je ne comprenais pas ce qui pouvait autant piquer ma curiosité.
“Solsol, ven aquí que te presentemos al hermano” cria une voix depuis le salon. À l’écoute de mon nom je fus instinctivement arrachée à mes rêves et me levai presque précipitamment, me faufilant dans la pièce à vivre. Je saluai le nouveau venu ; un voisin, me dit Dani. Puis, comme il y aurait d’innombrables autres occasions de faire connaissance, je retournai m’installer dans le confortable siège à bascule qui m’était réservé sur la terrasse. La discussion s’était animée, emportée par l’ivresse des vacances. Mon regard porta dans la direction de l’ombre que j’avais aperçue quelques minutes avant. Elle avait disparue. Ma curiosité fut à nouveau piquée mais au même moment, le nouveau venu s’installa près de moi. Il prit place dans le sofa et planta ses yeux dans les miens. Un frisson me parcourut. L’avais-je déjà vu ? Ou est-ce cette sensation plutôt courante de reconnaître tout le monde dans une ville qui n’est pas la nôtre ? Sans réponse. Toujours est-il que j’en oubliai cette ombre qui m’avait tant intriguée.

Je me réveille, sans oser bouger, mais elle est encore là. Est-ce le fruit de mon imagination ou cette ombre s’est introduite dans mes rêves ? Elle a surgi puis s’est enfuie soudainement, sans explication aucune, pour que je la retrouve au coin de la fenêtre à mon réveil. “Ce n’est qu’une ombre, pensais-je, une interprétation de mes peurs.” Je décide de tourner dos à la baie vitrée, afin de chasser ces pensées nocturnes. Quelqu’un est à mes côtés. Qui cela peut-il bien être ? Bien sûr, le petit nouveau. Jamais tranquille. Je préfère la baie vitrée.

“Joyeux anniversaire Solsol !” me répètent-ils sans se lasser. Tout le monde est là, la mine rayonnante et me portant que de bonnes attentions. À quoi reconnait-on des amis ? Sans doute à leur capacité à nous faire oublier à quel point on est si loin de chez soi. Je suis trop gâtée, je rougis même à l’idée d’avoir vingt ans mais d’adorer être la petite protégée de la famille. Quelle situation agréable ! Des mains me cachent soudain les yeux. Un garçon. Des doigts longs, plutôt fins et agiles. Juan! Il me chuchote qu’il avait un cadeau spécial pour moi caché au coin de la rue. Troublant.

19 juin. Veille du grand départ. Toujours au même endroit, installés sur notre terrasse, profitant de la musique flottant dans l’air de l’été qui grandit. Je sais que je vais revenir alors je ne suis pas triste. Juste nerveuse. Beaucoup de choses se passent en trois mois. On s’était juré de passer une soirée comme toutes les autres et que mon départ ne devait pas intervenir dans le cours des événements. Mais soudain, la voix rauque de Dani retentit depuis la fenêtre et son cri fut accueilli par un charmant chant d’oiseau. Je me retourne et vois l’ombre, la même que j’avais vu quelques semaines auparavant. Elle avançait et peu à peu, je reconnus la silhouette du voisin, Juan. C’était donc lui.

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